Dossier historique · Clémence Troesch-Varlet
1870 : la chute du Second Empire et la naissance de la IIIe République
Ce dossier de Clémence Troesch-Varlet accompagnait la Journée du patrimoine du au château de Breteuil, consacrée à « 1870, Instauration de la IIIe République ». Il raconte les bouleversements politiques et la vie parisienne jusqu’au retour des habitants après la Commune.
Par Clémence Troesch-Varlet · Texte patrimonial de Carnet de Bals, restructuré et relu. Le récit historique concerne les événements de 1870–1871 ; l’activité de l’association est celle de 2010, présentée dans la fiche du château de Breteuil.
L'effondrement de l'Empire
19 juillet 1870 : la France déclare la guerre à la Prusse. Les opérations militaires commencent le 2 août, mais l'armée française conduite par le Maréchal Leboeuf ne réunit que 265 000 hommes à la frontière, contre 500 000 prussiens.
Les Allemands prennent l'offensive en Alsace, et contraignent les Français à reculer jusqu'à Nancy, puis Châlons. Mac-Mahon se retire de la ville de Froeschviller le 6 août. Strasbourg capitule le 28 septembre 1870. Belfort, défendue par Denfert-Rochereau, résiste jusqu’en février 1871. Mi-août, la Lorraine est envahie à son tour. L'armée française se replie sur Metz, mais se retrouve bientôt encerclée par les forces ennemies. Mac-Mahon envoie son armée vers Montmédy, mais se heurte aux Prussiens le 31 août dans la dépression de Sedan : la bataille s'engage le 1er septembre. 124 000 français, encerclés par 240 000 allemands, se font mitrailler et bombarder. A 17 heures, pour éviter le massacre, Napoléon III accepte de négocier avec le Général Moltke. La capitulation est signée le 2 septembre 1870.
La capitulation de Sedan est connue à Paris dès le 3 septembre. Dans la nuit du 3 au 4 septembre, les députés se réunissent d'urgence au Palais Bourbon et s'interrogent sur la conduite à suivre. Faut-il confier la régence à l'Impératrice ? Ou bien constituer un gouvernement provisoire ?
Mais le 4 en début d'après midi, le Corps législatif est envahi par une foule de parisiens révolutionnaires et républicains, ainsi que des gardes nationaux en armes, qui exigent la déchéance de l'Empereur prisonnier des Prussiens et la proclamation de la République. Le 4 septembre est un dimanche : la foule des travailleurs s'amasse place de la Concorde, devant le Palais-Bourbon et rentre de force dans la salle des séances. Les Députés craignent alors d'être débordés par l'insurrection, à l'image du scénario des précédentes révolutions parisiennes de 1830 ou de 1848.
Encouragés par un groupe d'agitateurs jacobins ou socialistes, tels que Delescluze, Blanqui ou Flourens, Léon Gambetta, Jules Favre, les députés Jules Ferry, Jules Grévy, Jules Simon et Adolphe Crémieux décident de se rendre avec les manifestants à l'Hôtel de Ville de Paris. Ils proclament alors d'eux-même la IIIe République au milieu d'une liesse générale, en déconnexion totale avec un pays pourtant en plein chaos militaire.
Jules Ferry raconte : « Il y avait des fleurs aux fusils, des guirlandes ; c'était un air de fête dans la cité. Jamais révolution ne se fit avec une telle douceur ».
La Révolution s'accomplit sans une seule goutte de sang. Un gouvernement de la Défense nationale est formé. Les députés de la Seine (républicains élus en 1869) forment le gouvernement provisoire, présidé par le général Trochu, avec Jules Favre aux Affaires étrangères. L'Impératrice se voit contrainte de quitter les Tuileries et part se réfugier en Angleterre.
Paris assiégé
Le 15 septembre, un télégraphe arrive au Ministère de l'Intérieur : dix mille Allemands se dirigent sur Joinville. Les habitants des banlieues abandonnent leur village et viennent se réfugier dans Paris.
Les parisiens veulent participer à la défense de la ville. Un arrêté est publié à leur demande pour autoriser la création de bataillons de volontaires, qui sont alors formés et enrôlés devant le Panthéon. « Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire ni une pierre de notre forteresse » dit Jules Favre.
Mais le 19 septembre, Paris est encerclé. Le 7 octobre, Léon Gambetta, Ministre de l'Intérieur, quitte Paris en ballon et tente d'organiser à Tours une armée en vue de secourir la capitale. De leur côté, les parisiens vont vivre pendant l'hiver un siège épouvantable, privés de ressources, affamés et épuisés.
L'hiver 1870-1871
Coupée du reste du pays, Paris subit rapidement la rigueur d’un hiver très froid ainsi que des bombardements allemands fréquents.
« Je dîne chez Bréban. On cause de la noire misère. Charles-Edmond raconte ce fait : sa femme, se trouvant chez son boucher, vit une femme vêtue proprement, vêtue comme une femme de la société, entrer et demander un sou de raclures de cheval. La femme de mon ami mit un franc, dans la main de cette femme qui, pour la remercier, se mit à fondre en larmes . »
Goncourt. Journal. Hiver 1870.
Agrandir Le rationnement des denrées est organisé avec retard, les queues s’allongent devant les commerces de bouche qui sont alors pris d’assaut par les parisiens affamés. Les prix de la viande, des conserves, du pain et des denrées alimentaires flambent.
La bourgeoisie commence à abattre des chevaux, que les pauvres avaient été jusque là les seuls à consommer. Quand les chevaux viennent à manquer, on consomme les animaux domestiques (chiens, chats,...) puis les rats.
Les animaux du Jardin des Plantes sont progressivement sacrifiés, et, à la fin de décembre 1870, sont abattus les deux éléphants Castor et Pollux. Siège de Paris, 1870-71. Marchande de chats et de rats, au marché Saint-Germain. Dessin. ©Rogier-Viollet
Les habitants sont privés de bois et charbon, et sans gaz, les rues sont plongées dans l'obscurité dès la tombée de la nuit.
« Les parisiens vont, par curiosité, voir les quartiers bombardés. On va aux bombes comme on irait au feu d'artifice. Il faut des gardes nationaux pour maintenir la foule. Les Prussiens tirent sur les hôpitaux. Ils bombardent le Val-de-Grâce. Leurs obus ont mis le feu, cette nuit, aux baraquements du Luxembourg, pleins de soldats blessés et de malades qu'il a fallu transporter, nus et enveloppés comme on a pu, à la Charité. »
Victor Hugo, 6 janvier 1871
Après la manifestation du 22 janvier réprimée par la mairie de Paris, les négociations conduisent à la convention d’armistice du 28 janvier 1871, après l’arrêt des tirs le 26 janvier.
Le retour des Parisiens dans la capitale en juin 1871
Après la « semaine sanglante » et dès les derniers jours de mai 1871, les Parisiens reviennent en nombre dans Paris qu’ils ont généralement quitté en deux vagues massives : les uns après la proclamation du siège le 19 septembre 1870, les autres après le 18 mars 1871.
Agrandir « Pour la plupart, ils sont partis pour la grande banlieue ou la province. Certains ont suivi les errances des gouvernements à Tours, Bordeaux et Versailles. Ainsi tenus éloignés de la capitale, les Parisiens vivent les événements au travers des rumeurs et de la presse. A leur retour, ils découvrent le spectacle d’une ville en ruine, aux rues défoncées et aux édifices incendiés, tandis que la répression versaillaise poursuit sa tâche. »
B. Tillier
Références et illustrations du dossier
Le texte d’origine cite le Journal des Goncourt (hiver 1870), Victor Hugo (6 janvier 1871), Jules Ferry et B. Tillier. Les citations sont conservées avec ces attributions ; les éditions et pages exactes n’étaient pas précisées.
Les légendes suivantes accompagnaient des illustrations absentes de la copie disponible. Elles restent des références documentaires :
- « Discussions sur la guerre dans un café parisien », The Illustrated London News, 17 septembre 1870
- Entrevue de Napoléon III et de Otto Von Bismark le 2 septembre 1870.
- Le palais du Corps législatif envahi par la foule parisienne, le 4 septembre 1870, Guiaud. Musée Carnavalet.
- La foule en liesse sur la place de l'Hôtel de Ville. ©Rogier-Viollet
- L'Impératrice Eugénie quittant les Tuileries. Montage photographique. Collection Sirot.
- Drapeau tricolore planté par les gardes nationaux. ©Rogier-Viollet
- Départ de Gambetta pour Tours sur "l'Armand-Barbès", le 7 octobre 1870, à Montmartre , Didier et Guiaud, Musée Carnavalet.
- La queue à la porte d'une épicerie, novembre 1870. Jacques Guiaud, Musée Carnavalet.
- Siège de Paris, 1871. Boucher découpant un rat . Paris, Musée Carnavalet. ©Rogier-Viollet
Repères vérifiés lors de la republication
La chronologie a été rectifiée pour distinguer la capitulation de Strasbourg de la résistance de Belfort, la présidence du gouvernement de la Défense nationale et la signature de l’armistice le 28 janvier 1871. L’abattage de Castor et Pollux est situé à la fin de décembre, sans imposer un jour unique aux deux animaux.